Cher Pierre, en effet, pourquoi tant d'acharnement ?
Il n'y aucun procès d'intention dans la démarche de notre association, bien au contraire.
Notre seul et unique désir est que l'exploitation des « pierres de Brando » continue effectivement à produire dans le cadre artisanal tel qu'il a été défini dans l'esprit et dans le texte du bail signé en 99 pour une durée de 25 ans entre notre commune et l'exploitant.
Comme vous le voyez, ce n'est pas du tout compliqué !
Et vous verrez qu'il n'y a pas de place pour le phantasme dans notre analyse, nous ne travaillons que sur documents officiels que souvent nous avons eu du mal à obtenir, tant l'opacité est de mise dans cette affaire.
Ce qui rend aujourd'hui les choses compliquées c'est la démarche acharnée, justement, de l'exploitant pour tout modifier en force :
Tout commence en 2003 lors du rachat de l'exploitation par la SNC Vendasi en toute connaissance du bail et de l'arrêté préfectoral de 99. Vous conviendrez avec nous qu'il n'est en effet pas envisageable une seconde qu'une entreprise de cette taille n'ait pas pris la mesure de ses engagements avant d'y mettre un seul euro.
Ces documents (dont hélas, notre association n'a pris connaissance qu'il y a 3 mois seulement) précisent que les produits d'extraction seront « dalles et lauzes », rien de plus.
L'exploitant a décidé unilatéralement d'extraire des blocs avec la cécité extraordinaire de la mairie, de la Drire et de la préfecture ! Si nous l'avions su alors, vous imaginez bien que, sur simple référé, nous aurions pu faire stopper immédiatement les travaux de la butée de pied pour vice de forme sur un marché public.
Lorsqu'en août 2005, l'exploitant dépose « une demande d'autorisation d'exploiter avec extension » (document en mairie) directement à la préfecture sans même en informer son bailleur, la commune (Source : Mr le maire), ceci en vue de faire modifier l'arrêté préfectoral actuel. Tout d'abord il explique ses motivations : « les chantiers en projet (réfection de la RD 80 et le nouveau port de Bastia) » Voilà qui a enfin le mérite de la franchise ! Les vertueuses dénégations actuelles au sujet du port nous font bien sourire...
Ensuite, il souhaite modifier les produits d'extraction en ajoutant « blocs et agrégats ». Voilà un aveu manifeste qu'il y a parfaite conscience par l'exploitant de l'illégalité ou il se trouve actuellement même si officiellement personne n'a encore rien remarqué... Encore que, la Drire, dans le projet du nouvel arrêté qu'elle a déjà préparé, ait jugé soudainement très utile de reprendre la notion de « blocs et agrégats ».
Ensuite, on essaye de faire croire dans ce document que la moyenne annuelle actuelle est de 150.000 tonnes/an (au lieu de 80.000t/an sur bail et arrêté, avec exceptionnellement des dépassements à 150.000 t/an)) pour demander à la faire passer à 250.000 t/an, soit 3 fois plus ! On passe donc d'une entreprise quasi artisanale à un véritable projet industriel.
Mais au fait, pourquoi cette demande ?
Au-delà du bénéfice évident à en retirer, il se trouve que l'exploitant s'est mis tout seul dans une impasse en détournant l'esprit et la lettre des accords. Ceux-ci prévoyaient 2.000.000 de tonnes sur 25 ans à raison de 80.000 t/an avec possibilité de déplacer les zones d'extraction au fur et à mesure de l'épuisement des filons par simple avenant au bail. En extrayant des blocs, la matière extractible a filé bien plus vite que prévu et la moyenne de 80.000 t/an est devenue 150.000 t/an et à ce rythme les 2.000.000 de tonnes seront atteintes bien avant les 25 ans prévus. Or, les textes prévoient que, si l'exploitant dépasse sa moyenne une ou deux années de suite, il devra réduire d'autant sa capacité d'extraction pour rattraper le quota autorisé. Ainsi, deux années à 150.000 tonnes, impliquent pour les deux années suivantes de se restreindre à 26.000 t/an ! Voilà exactement où se situe le problème !
Vous avez été sensible, et nous vous comprenons, à l'argument du spectre du chômage (30 emplois communément évoqués, voire 37 plus récemment ; rapport Drire 2007 : 15 emplois ! Mais là n'est pas le problème...).
Résumons nous : un exploitant irrespectueux des accords, agissant en parfaite connaissance de cause, de par sa gestion à court terme n'ayant aucune considération pour préserver la pérennité de son entreprise et donc des hommes qui la font vivre, en appliquant sans état d'âme une politique du fait accompli avec ses partenaires, imposant à toute la commune et à ses habitants une fuite en avant pour des motivations égoïstes qui n'échappent qu'aux candides...
Et vous voulez que la commune se sente responsable des emplois ? Que ses habitants se culpabilisent en subissant cet intolérable chantage? Et que finalement nous nous taisions devant tant de cynisme ?
Vous parliez « d'acharnements suspects, » et nous vous donnons raison !
Que dire encore des comptes de l'exploitant non publiés depuis plus de 4 ans, en toute illégalité (sans qu'aucune autorité ne réagisse, bien entendu). Vous allez dire, mais de quoi se mêle t'on ? Un article du bail stipule que 1% du chiffre d'affaire annuel doit être reversé à la commune en sus du loyer. Or, pas de publication, pas de versements et ce, depuis plusieurs années! (Source : conseil municipal). Rien que pour la butée de pied, 3.500.000 ¤ d'enrochements fournis ; nous vous laissons le soin de calculer ce qui aurait du être reversé à la commune pour une toute petite partie du chiffre d'affaire...
Vous évoquiez une « lourde responsabilité » et nous vous donnons, encore une fois, raison !
En admettant, par extraordinaire, que nous donnions notre accord à la proposition de l'exploitant. Quelle confiance devrons nous accorder aux organismes de contrôle et aux institutions qui ont fait la preuve de leurs défaillances pour une petite exploitation alors que les contraintes légales seront beaucoup plus importantes pour une exploitation qui aura triplé de taille ? Quelle confiance devrons nous donner à un partenaire qui ne respecte en rien les accords passés ? Quelle confiance devrons nous accorder à un partenaire qui n'honore pas ses engagements financiers ? Quel intérêt peuvent avoir les habitants de cette commune dans l'impact paysager sur sa montagne après celui subi sur sa cote ? Qu'ont t'ils à gagner dans la noria des camions (92 rotations /jour. Source : enquête publique) avec les nuisances et l'insécurité engendrées ? Une augmentation du loyer ? Ridicule !
Lors du conseil municipal du 11.10.07, à la question ouvertement posée, a deux reprises, par une conseillère municipale opposée au projet :
« Donnez moi un seul argument en faveur de la demande de l'exploitant et je vote pour !».
Seul un immense silence gêné y a répondu...
Vous vous demandiez « pourquoi tant d'acharnement » ?
Pour notre part, nous pensons y avoir honnêtement répondu.
Ne pourriez-vous poser la même question à l'exploitant ?
Nous sommes complètement indépendants, ce qui nous laisse cette liberté de conscience, d'intérêts et de parole au service des habitants de cette commune. Nous avons soulevé un problème, certes !
Nous l'avons fait pour la butée de pied et tout ce que nous avions annoncé s'est avéré exact.
Nous le faisons aujourd'hui pour la carrière mais ne forçons personne à nous croire.
Pas même vous cher Pierre.
Le conseil d'administration de l'Arinella de Brando